Enfin libre !
- Femme autiste

- 14 janv.
- 3 min de lecture

Ça y est. Je peux enfin cocher une case majeure de ma vie. La retraite d’un emploi qui a duré plus de vingt-deux ans — et autant d’années de trop — est enfin arrivée.
Il faut savoir que j’ai été diagnostiquée avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA) en 2017, alors que cet emploi avait débuté en 2003. À l'époque, ne connaissant ni mes limites ni mes forces, je m'étais naïvement dit que ce poste m’aiderait à me « dégêner » et à apprendre à socialiser. Quel paradoxe !
Le supplice de la réception
Au début, ma tâche consistait à assurer la réception et à assister à des réunions en soirée pour la prise de notes.
Devoir jongler entre la rigueur de la rédaction de procès-verbaux et l'exigence de disponibilité à l'accueil, tout en affichant un sourire de façade, était une mission impossible. Pour une personne avec un TDAH (mon "bonus" avec le TSA), c'était une aberration. Être coupée dans mon élan était une véritable agression sensorielle, une secousse qui me faisait perdre tous mes moyens. Il me fallait pas moins de dix minutes pour retrouver le fil de ma pensée. Forcément, j’étais souvent à cran. Heureusement, j’ai fini par obtenir un bureau fermé après six ans.
Le calvaire des réunions et le flou des visages
Les réunions étaient un théâtre de torture : crises de panique, nausées, angoisse viscérale. Je pensais simplement être « défectueuse », ignorant que mon cerveau saturait. Au-delà de l'anxiété, il y avait ce mur social infranchissable : ne pas savoir quand intervenir, subir le poids du small talk, mourir de peur de déranger. Ce qui est le plus troublant, c'est que mon corps ne laissait rien voir de cette détresse.
S’ajoutait à cela la prosopagnosie. Imaginez l’effort épuisant de devoir interagir avec des personnes dont le visage ne s'imprime jamais dans votre mémoire. Cette confusion permanente, cette peur de ne pas saluer la bonne personne ou de paraître hautaine alors que je suis simplement « aveugle » aux visages, ajoutait une couche de fatigue cognitive indescriptible. Pendant des années, je suis rentrée des réunions en pleurs. Ma fille, bien que jeune à l'époque, s'en souvient encore, et elle en a été presque traumatisée.
Un système contre mes valeurs
Le plus difficile était peut-être l'atteinte à mon sens profond de la justice. En entreprise, la politique et les petits arrangements sont rois. Voir l'injustice, subir les calomnies, médisances ou la méchanceté gratuite parce qu'on est « différente » est une souffrance morale quotidienne. Mon hypersensibilité (bruit, lumière, odeurs) transformait chaque journée en un assaut sensoriel que je devais masquer pour paraître « normale ».
Le prix de l'adaptation
J’ai tout tenté pour éviter les formations en groupe, moi l'autodidacte. Mais en 2012, j’ai été contrainte à un séjour de formation. Résultat : trois heures de route, deux nuits sans sommeil et un retour de trois heures encore, en larmes . Le burnout de 2013 et la rechute de 2015 étaient inévitables.
Pourquoi être restée ? Pas pour le salaire, c'est certain. Je reste convaincue que si j'avais possédé l'aisance sociale des neurotypiques, ma valeur professionnelle aurait été mieux reconnue financièrement. Les gens ne soupçonnent pas l’énergie colossale qu’une personne autiste déploie simplement pour « exister » dans leur monde. Cet effort mérite une reconnaissance qui n'arrive jamais.
La liberté, enfin.
Aujourd'hui, je suis enfin libre. Libre du brouhaha qui envahissait mon cerveau et des attentes sociales épuisantes. Je travaille toujours, mais selon mes règles : de chez moi, à mon rythme, dans le silence et la sérénité. J’ai enfin trouvé la paix.
Image par Alintg de Pixabay




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