Le silence chimique : Mon parcours entre sevrage et introspection
- Femme autiste

- 19 mars
- 2 min de lecture

Lorsque j’ai pris la décision de quitter mon emploi à temps plein, j’ai aussi choisi de cesser mes anxiolytiques. Le Citalopram m’avait été prescrit par mon médecin, à ma demande, afin d’atténuer une anxiété exacerbée par mon contexte professionnel. Pensant que ce traitement n'était plus nécessaire une fois loin du stress du bureau, j’ai réduit ma dose dès le lendemain de mon départ. J'ai improvisé en coupant mes comprimés, que j’ai continué à prendre quotidiennement jusqu'à épuisement de ma réserve.
Je ne réalisais pas à quel point une si petite pilule pouvait transformer le métabolisme avant de vivre ce sevrage. Avec le recul, je reconnais que ma plus grande erreur fut de ne pas avoir consulté de professionnel pour établir un protocole sécuritaire plutôt que d’improviser.
Les premiers symptômes marquants furent les étourdissements. Cet état, qui a duré plusieurs semaines, m'a même contrainte à quitter mon poste une semaine plus tôt que prévu. Incertaine de la cause de ces vertiges, j’ai fini par consulter. Le médecin a alors prescrit des tests pour éliminer toute pathologie, tout en m’expliquant avec bienveillance la procédure rigoureuse d’arrêt d’un tel médicament. N’ayant reçu aucune nouvelle de mes résultats, je suppose qu'ils sont normaux.
Cependant, si les étourdissements ont fini par s'estomper, je n’en avais pas fini avec les symptômes. Si les malaises physiques sont incommodants, les contrecoups psychologiques sont bien plus éprouvants : sentiment de vide intérieur, apathie profonde — qu'on l'appelle anhédonie ou asthénie — et émotions à fleur de peau. Pleurs, irritabilité, impatience et inquiétudes ont refait surface, plus intensément qu'avant le traitement. S’y est ajouté un sentiment d’inutilité, bien qu'il soit difficile de démêler ce qui provient du sevrage de ce qui découle de la fin de ma carrière.
La médication m’avait rendue presque insensible à mon environnement. Elle me donnait l'impression que tout était simple, transformant les montagnes russes émotionnelles en une plaine sans embûches. Un certain "je-m’en-foutisme" s'était installé. Au fond, cet état de détachement me plaisait ; cette libération des contraintes quotidiennes m’a tellement manqué à un certain moment que j’ai songé à reprendre la médication.
Pourtant, cette expérience m'amène à une réflexion profonde : la prescription d’un médicament devrait, selon moi, s’accompagner systématiquement d’un suivi psychologique. Dès lors qu’un médecin prescrit ce type de traitement, une demande de consultation devrait être faite d'office, particulièrement pour les personnes présentant un TSA ou un TDAH.
L’anxiété est un mécanisme bien plus complexe que ce qui affleure à la surface ; elle mérite d'être prise au sérieux par les professionnels, au-delà de la simple réponse pharmacologique.
Aujourd'hui, je songe encore à consulter pour comprendre l'origine de certains blocages, comme ma difficulté à prendre la parole en public. Est-ce un trait lié au TSA, une caractéristique de ma personnalité, ou le vestige d'un souvenir que mon cerveau a choisi d'occulter ?
En conclusion, ce parcours m’a appris que la médication est une béquille précieuse, mais qu'elle ne répare pas la blessure initiale. Pour guérir véritablement, il faut accepter de traverser la tempête des émotions sans filtre, mais surtout, être guidé par une expertise humaine plutôt que par une simple prescription. Retrouver sa propre sensibilité est un défi exigeant, mais c'est le seul chemin vers une authenticité retrouvée.
Image par Lynda Smith-McDaniel de Pixabay




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